De la mainmise des entreprises sur le savoir

Hubert Guillaud

Pour le San Francisco Chronicle, le spécialiste de la sécurité Bruce Schneier et l’avocat de l’association Public Citizen J.B. Branch comparent le comportement de la justice américaine à l’égard d’Aaron Swartz et des entreprises d’IA aujourd’hui. Alors que la course à l’armement actuelle en matière d’IA implique une appropriation de l’information bien plus vaste que celle que dénonçait Swartz par son action il y a 16 ans, la violation du droit d’auteur est présentée désormais comme une étape regrettable mais nécessaire pour l’innovation.

« Les systèmes entraînés sur de vastes corpus de recherches financées par des fonds publics deviennent de plus en plus le principal moyen d’accès à l’information scientifique, juridique, médicale et politique. La recherche, la synthèse et l’explication étant assurées par des modèles d’IA, le contrôle des données et de l’infrastructure d’entraînement se traduit par un contrôle des questions posées, des réponses proposées et des experts reconnus comme faisant autorité. Si le savoir public est absorbé par des systèmes propriétaires que le public ne peut ni inspecter, ni auditer, ni contester de manière significative, l’accès à l’information n’est plus régi par les normes démocratiques, mais par les priorités des entreprises.» Swartz avait compris que l’accès au savoir est une condition préalable à la démocratie. « La manière dont nous traitons le savoir – qui peut y accéder, qui peut en tirer profit et qui est puni pour le partager – est devenue un test de notre engagement démocratique.»