Le Roosevelt Institute vient de publier un rapport sur l’ubérisation dans le secteur du soin infirmier. Les applications de travail à la demande proposent désormais aux infirmières et aides-soignantes de postuler aux tarifs les plus bas – plusieurs applications proposent même des enchères inversées pour renforcer la compétition entre les infirmières postulantes. Les prises de postes sont souvent annulées au dernier moment, sans dédommagement et les heures imprévues ne sont pas payées. Toutes les plateformes facturent des frais aux infirmières à chaque prise de poste et ont parfois des frais pour encaissement immédiat des sommes dues. Les infirmières y sont évaluées selon des processus opaques. Les travailleurs du soin rejoignent des établissements à la demande, sans formation ni accompagnement aucun, au risque de défaillances dans la continuité des soins.
Dans The Guardian, Katie Wells du collectif Ground Work Collaborative et co-autrice du rapport, explique que c’est parce que nous ne payons pas bien ces travailleurs qu’ils se tournent vers l’économie du travail à la tâche, pour prendre un semblant de contrôle sur leur propre vie, qu’ils n’ont pas autrement. « Qu’une personne qui ne connaît pas un hôpital, ses patients, ses antécédents médicaux ou ses structures de gestion puisse simplement arriver un jour et reprendre le travail du travailleur précédent qui a terminé son quart de travail aurait été inimaginable il y a seulement quelques années », affirme le rapport. Jacobin dénonce des plateformes créées pour résoudre une pénurie d’infirmières qui n’existe pas vraiment. « La seule pénurie, c’est celle des bons emplois d’infirmières ».
MAJ du 21/04/2026 : L’AI Now Institute vient de publier un rapport sur l’ubérisation des soins infirmiers, qui montre que les plateformes se développent pour déréglementer le secteur de la santé. L’utilisation croissante de l’intelligence artificielle se fait au détriment des droits, des protections et des salaires des travailleurs du soin. Aux Etats-Unis, trois plateformes de vacations pour infirmières ont atteint une valorisation d’un milliard de dollars, grâce à un afflux d’investissements de sociétés de capital-investissement et à l’obtention de contrats publics pour le personnel d’établissements publics, notamment pour les centres de détention de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE). Sur la plateforme Clipboard Health, par exemple, les infirmières indépendantes doivent indiquer le tarif horaire qu’elles souhaitent proposer… et « l’offre la plus basse l’emporte ! ». Les chercheuses de l’AI Now Institute s’inquiètent d’une tendance dérogatoire qui exempte les plateformes des protections sociales obligatoires, plutôt que de se conformer aux réglementations étatiques applicables aux agences de recrutement de personnel de santé.
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