« J’ai postulé à 2483 postes en 3 mois »

Hubert Guillaud

Vous vous souvenez ? En conclusion de notre dossier sur le recrutement automatisé, on évoquait la possibilité prochaine qu’à l’automatisation des recrutements répondent l’automatisation des candidatures. Eh bien nous y sommes, explique 404media en évoquant AIHawk, un assistant de recherche d’emploi déposé sur Github, qui permet de postuler à des emplois sur Linked-in à grande échelle. Il permet de générer des lettres de motivation et CV basés sur une série de détails biographiques que l’utilisateur encode et que le logiciel modifie en fonction de la description de poste et d’autres informations que l’entreprise a mise sur Linked-in. Le programme semble être devenu populaire et des clones sont déjà disponible (une application dédiée se prépare : « Job Magic : candidatez pendant que vous dormez »).

Dans la communauté Telegram d’AIHawk, des candidats expliquent avoir déjà obtenus des entretiens d’embauches aux dizaines ou centaines de candidatures que le logiciel a envoyé en leur nom ! Nous sommes entrés dans la boucle de l’étrange où « des gens utilisent des CV et des lettres de motivation générés par l’IA pour postuler automatiquement à des emplois examinés par des logiciels d’IA automatisés ». Le développeur italien d’AIHawk, Federico Elia, a déclaré que son projet était né pour « rééquilibrer l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le processus de recrutement ». On ne saurait être plus en accord.

Linked-in a déjà réagit en informant que les outils automatisés ne sont pas autorisés sur la plateforme… enfin, pour les candidats ! On espère que le régulateur va vite réagir… pour rappeler qu’il n’y aucune raison que l’automatisation soit réservée aux employeurs !

MAJ du 22/01/2026 : Les entreprises sont submergées par les candidatures automatisées, constate The Economist. Conséquence à la chose : elles accélèrent également leur utilisation de l’IA pour trier le nombre croissant de CV et de lettres de motivation qu’elles reçoivent. « Mais, les demandeurs d’emploi n’ont pas à s’inquiéter de la conformité de leurs outils d’IA avec les lois antidiscrimination ou de protection des données. Ils n’ont pas besoin de consulter leur supérieur ou le service informatique avant d’adopter les dernières technologies. « Je dis à mes clients : Dans cette course à l’armement qui vous oppose au candidat, vous perdrez », explique un consultant ». Pour éviter le problème, elles se mettent à privilégier la recherche de candidats avant même qu’ils ne postulent. « Juicebox, une start-up spécialisée dans le recrutement, propose un service appelé « PeopleGPT » qui automatise la recherche de candidats potentiels sur Internet. L’entreprise affirme que nombre de ses clients ont réduit de moitié leur temps de recherche. LinkedIn a lancé un « Assistant Recrutement » destiné aux recruteurs, qui parcourt le site à la recherche de candidats adéquats. » 

Les entreprises envisagent déjà l’étape d’après : ne plus avoir à publier d’offres d’emploi ! 

MAJ du 26/01/2026 : Aux Etats-Unis, un groupe de candidats à l’emploi (accompagnés de l’association Towards Justice) a lancé une action injustice contre Eightfold AI, une société de présélection de candidats qui fournit ses outils aux employeurs, au motif que ces systèmes de sélection à l’embauche devraient être soumis aux exigences de la loi américaine sur l’information équitable en matière de crédit (Fair Credit Reporting Act) qui s’applique aux agences de crédit. Le but : contraindre les entreprises à divulguer des données sur leurs collectes et leurs classements. À partir de sources telles que LinkedIn, Eightfold a constitué une base de données qui, selon elle, comprend plus d’un million d’intitulés de postes, un million de compétences et les profils de plus d’un milliard de personnes exerçant tous les métiers, professions, secteurs et régions géographiques, explique le New York Times. Or, expliquent les candidats à l’emploi, ces outils ne fournissent aucun retour sur leur score ni sur la méthode de calcul de la note. “Si l’outil commet des erreurs, les candidats n’ont aucun moyen de les corriger”.

MAJ du 01/02/2026 : Chez McKinsey, rapporte le Financial Times, on teste désormais les candidats en regardant comment ils utilisent l’IA interne pour répondre.

MAJ du 03/02/2026 :  Alors que les recruteurs les utilisent de plus en plus, maîtriser les ATS, ces systèmes de recrutement automatisés, n’est pas si simple, rappelle Le Monde. Notamment parce qu’ils présentent des modalités très disparates.