Les artistes d’abord

Hubert Guillaud

Des musiciens polonais ont lancé ArtistFirst, « une initiative pour une intelligence artificielle équitable dans la musique ». Ils dénoncent le fait que le top 50 polonais soit envahie par de la musique produite par l’IA et que les playlists les plus populaires soient générées par des IA, mais sans que les utilisateurs n’en soient avertis. « Il ne s’agit pas d’innovation, mais d’éviction des créateurs de leur propre marché »

« Ces produits musicaux deviennent viraux car personne ne les signale. Ils prennent la place des créateurs humains car l’algorithme ne fait pas la différence entre la musique et un produit. » Pour les artistes polonais, l’IA relève du plagiat. Car, « si l’intelligence artificielle peut reproduire un style, une mélodie, des paroles ou une voix, cela signifie qu’elle l’a appris aux dépens des créateurs. Sans consentement. Sans licence. Sans rémunération. Ce n’est pas de l’inspiration. Il s’agit d’une exploitation illégale de la créativité humaine ».

« Si nous ne faisons rien, d’ici quelques années, nous perdrons : 

  • les studios d’enregistrement – ​​car il n’y aura plus personne pour enregistrer ; 
  • les producteurs – car les rythmes seront générés par un modèle ; 
  • les paroliers – car l’IA écrit déjà mieux qu’un générateur de rimes ; 
  • les maisons de disques – car la valeur des catalogues chutera ; les managers – car de nouvelles carrières disparaîtront ; 
  • les producteurs et ingénieurs du son – car le marché de la production se contractera; 
  • les artistes indépendants – car ils seront évincés des playlists par la production de masse ; 
  • les organisateurs d’événements – car la musique sans créateurs ne crée pas de scène ; 
  • les auditeurs – car la culture cessera d’être humaine. 

Ce n’est pas une technologie qui aide. C’est une technologie qui remplace insidieusement ».

Le mouvement Artistes d’abord exige de protéger les voix, les styles et la créativité des artistes, d’établir des règles claires pour l’entraînement de l’IA sur les données musicales, d’étiqueter la musique générée par des modèles, de mettre fin à la monétisation illégale des œuvres d’autrui, de protéger les playlists et les algorithmes de la production massive de « tubes » artificiels, de sensibiliser les auditeurs et les créateurs, et seulement ensuite utiliser l’IA comme un outil de soutien, et non de destruction. Ils réclament : 

  • l’étiquetage des contenus générés par l’IA ;
  • le marquage visible pour les auditeurs ;
  • le filtrage : les utilisateurs doivent pouvoir filtrer les contenus générés par l’IA ;
  • le traitement distinct de l’IA dans les algorithmes et les règlements. 

« Les exceptions au droit d’auteur prévues pour l’analyse des données n’ont pas été créées pour permettre aux entreprises technologiques de construire des usines à musique au détriment des créateurs ». L’IA Act européen impose d’être conforme au droit d’auteur, de respecter les droits revendiqués par les créateurs, de publier des informations sur les données utilisées pour l’entraînement. « Un modèle entraîné sur de la musique sans licence est non seulement contraire à l’éthique, mais aussi illégal au regard du droit de l’UE ».

Les créateurs demandent à exclure clairement l’entraînement commercial des IA sur des œuvres musicales du champ d’application des exceptions au droit d’auteur : « pas de licence, pas d’entraînement ». Ils exigent l’étiquetage obligatoire du contenu généré par l’IA dans les services numériques : « chaque auditeur a le droit de savoir ce qu’il écoute ». La protection sectorielle des voix et des images des artistes : « interdiction du clonage sans consentement ni procédures de réclamation simplifiées ». Un mécanisme de rémunération des créateurs : « une partie des revenus issus des modèles d’IA commerciaux devrait être reversée à des fonds de soutien aux musiciens »

Ce qu’ils résument d’un chouette motto : « Les créateurs d’abord, la technologie ensuite. Le droit d’abord, l’innovation ensuite. La culture d’abord, les algorithmes ensuite ». Via Algorithm Watch.