Les coopératives de nounous pour lutter contre les plateformes

Hubert Guillaud

On a déjà pointé ici la piste stimulante des coopératives pour renverser l’asymétrie de pouvoir des plateformes, en prenant l’exemple du secteur du ménage. Mais ce n’est pas le seul secteur où les plateformes déploient leurs méfaits. Le site d’information sur les coopératives de plateforme vient de publier un rapport sur les plateformes destinées aux nounous françaises, confrontées au déploiement d’innombrables sites, comme Bébé Nounou, Yoopies ou Nounou Top… qui sont en passe de supplanter le bouche à oreille pour relier parents et garde d’enfants. Pour Maïmonatou Mar, fondatrice de l’association Gribouilli, première association professionnelle du secteur, les nounous sont de plus en plus contraintes à utiliser ces plateformes qui exigent de savoir rédiger des profils, de consulter des messages, de céder des frais aux plateformes… sans qu’il soit claires pour les professionnels de l’enfance de comprendre les classements et recommandations opaques que génèrent ces plateformes. Pour de nombreuses nounous, en particulier les femmes migrantes, cette évolution fragilise les réseaux informels qui leur permettaient autrefois de trouver du travail grâce aux enfants, aux collègues, aux anciens employeurs et aux liens communautaires. Sur les plateformes, l’enjeu consiste à maîtriser la communication écrite, alors que ce n’était pas un critère de la recherche d’emploi hors ligne par exemple. Maïmonatou Mar qualifie ces ruptures de « failles de solidarité » dans un secteur historiquement façonné par des hiérarchies de genre, de race et de classe. Pour elle, les plateformes entravent la solidarité en y ajoutant des inégalités numériques d’accès et de littératie. Pour les nounous, les plateformes transforment et remodèlent les relations de confiance employés/employeurs. 

Le rapport soutient que des coopératives de plateforme comme Gribouilli pourraient rétablir la confiance, réduire l’isolement et bâtir des systèmes d’embauche fondés sur l’entraide plutôt que sur l’extraction de valeur par les plateformes. Mais la difficulté à accéder à de l’investissement limite le déploiement de plateformes alternatives par rapport aux plateformes privées. Les plateformes privées « méconnaissant l’intersectionnalité inhérente au travail du soin, conçoivent des plateformes qui exacerbent le racisme et la misogynie faute de prendre réellement en compte les personnes concernées », dénonce Maïmonatou Mar, au risque de produire des services inadaptés aux besoins. Pour elle aussi nous avons besoin de plateformes de travail en open source, de coopératives de plateformes pour produire des technologies solidaires.