Les nettoyeurs de résultats d’IA

Hubert Guillaud

Comme beaucoup de graphistes, Lisa a vu son activité se transformer depuis le lancement de ChatGPT en 2022, rapporte The Guardian. Elle est passée de missions ponctuelles et espacées pour créer des logos ou des illustrations, à des demandes pour corriger des réalisations produites par l’IA. Un travail pour lequel les tarifs pratiqués sont dérisoires (alors que ce nettoyage prend parfois plus de temps qu’une création) : elle a perdu 60 à 70% de ses revenus annuels et commence à refuser ces missions. 

« Sur Freelancer.com, une plateforme de travail indépendant comptant plus de 88 millions d’utilisateurs, les offres d’emploi comportant des termes tels que « correction IA », « hallucination IA » ou « erreur IA » ont augmenté de 87 % à l’échelle mondiale entre août 2025 et juin 2026, pour atteindre 10 760 annonces. Ces missions concernaient principalement le graphisme, suivi du montage vidéo, de la relecture et de la rédaction de contenu. De son côté, Upwork a enregistré une hausse de 70 % sur un an des missions de correction liées à l’IA, tandis que Fiverr a vu le volume de recherches par mots-clés pour des services de « nettoyage IA » être multiplié par plus de 20 entre 2023 et 2026. L’essor de l’IA pourrait menacer le marché du travail des créatifs indépendants. Le nombre d’offres d’emploi en freelance exposées à l’automatisation a chuté de 21 % dans les huit mois suivant le lancement de ChatGPT, et les missions de création d’images ont reculé de 17 % après l’arrivée des générateurs d’images par IA, selon une étude de 2025 publiée dans la revue universitaire Management Science. Cette tendance à la baisse s’est poursuivie, comme le confirme une étude de 2026. »

Les entreprises ont de plus en plus recours à des freelances pour leurs projets, comme le montre le rapport annuel de Freelancer.com, avec notamment une forte augmentation des travaux de finition au détriment des travaux de création. Pour les freelances, la difficulté est de maintenir leur tarif à l’heure, quelle que soit la tâche demandée. Car ces retouches et nettoyages sont parfois « Impossible à rattraper ». Le problème, souligne le journal, c’est que « rien ne garantit que le nettoyage de contenus médiocres générés par IA restera une source de travail viable »